Benoît XVI
à propos de la laïcité : « Ce courant de pensée souhaite que la vie publique ne soit pas touchée par la réalité chrétienne et religieuse.
Une telle séparation, que je qualifierais de “profanité” absolue, serait certainement un danger pour la physionomie spirituelle, morale et humaine de
l'Europe. »
De l'affaire des
caricatures à l'affaire Redeker, des vélléités de "kärchériserisation" de la loi de 1905 aux montées en puissance des communautarismes, des politiques de discrimination positive à la
multiplication des lois mémorielles... jamais sans doute la question de la pérennité des institutions républicaines ne s'est posée avec autant d'acuité.
A gauche comme à droite, de Sarkozy à Royal, d'un rapport Machelon à un projet de loi Glavany, la laïcité subit des assauts
répétés et inquiétants.
Ce vendredi 24 novembre 2006, l'Observatoire du communautarisme et le Comité Laïcité République organisaient un colloque au Sénat :"La République face aux communautarismes".Laïcité, communautarisme,
discrimination positive... des thèmes majeurs qui pèseront assurément dans la présidentielle 2007.
" La discrimination n'est ni positive, ni négative,
elle discrimine, c'est tout !"
"une discrimination n'est ni positive, ni négative, elle discrimine, c'est tout " André Bellon, initiateur du
groupe de réflexion République! et co-auteur du "Memento du républicain" (mille et une nuits, 2006) annonce la couleur.
Les partisans de la discrimination positive ont "sans doute les meilleures intentions du monde", il n'en demeure pas moins, pour ce militant,
qu'ils "légitiment la discrimination". La discrimination positive (d'ailleurs une très mauvaise traduction de l' "affirmative action") tend à globaliser et sous-tend que les communautés ont
des intérêts divergents : c'est alors l'intérêt public qui disparait. La discrimination positive "émiette" et fait "se castagner les communautés entre elles".
"Ou bien il s'agit tout simplement de donner à certaines personnes les moyens de se situer à égalité avec les autres. Et là rien de très
original : c'est l'affectation de bourses aux élèves démunis par exemple, ou bien il s'agit de valoriser une fraction de la population en tant que telle et la collectivité nationale s'émiette en catégories relevant de traitements différents".
André Bellon s'étonne à juste titre que la parité hommes/femmes ne soit plus évoquée lors de débat sur la discrimination positive. La discrimination positive constitue enfin et surtout une formidable échappatoire face à la crise sociale et politique. Peut être finalement son
rôle principal...
" Le repli identitaire atomise la société, fait disparaître la conscience de classe et renforce la mondialisation
"
Jean Yves Camus, chercheur associé à l'IRIS, auteur de "Extrémismes en France, faut-il
en avoir peur ?" (Editions Milan, 2006) nous dresse un bref exposé sur l'altermondialisme et la gauche radicale face au différentialisme. Le chercheur se garde pourtant de
citer le moindre mouvement ou parti de gauche et ergote sans doute inutilement sur le terme de "fasciste" lancé par une spectatrice dans la salle pour qualifier les islamistes.
L'idéologie islamiste n'en demeure pas moins totalitaire. Une autre confirmera à propos de l'évocation de l'excision qu' "un clito blanc français ne vaut pas plus qu'un clito africain", avis
que ne semblent pas partager les défenseurs du différentialisme culturel.
Jean-Yves Camus a cependant dénoncé avec justesse l'absurdité de ces alliances entre cette gauche radicale (qu'il n'a malheureusement pas
souhaitée identifier) et des mouvements islamistes. Ces alliances aboutissent en effet exactement à l'effet inverse de celui recherché : un renforcement de la
mondialisation, une consolidation du consensus idéologique que l'on prétendait combattre. Les individus se réfugient dans
leur appartenance ethnique, la société s'atomise et la conscience de classe disparait. Le chercheur assume les mots (des "gros mots" penseront certains) car marxiste ou pas, il semble
difficile de nier ces clivages d'ordre économique et social, toujours d'actualité.
Henri Pena-Ruiz, philosophe, maître de conférences à l'Institut d'études politiques
de Paris et auteur de "Qu'est-ce que la laïcité ?" (Gallimard, 2003) s'est lancé dans une définition de la laïcité sans doute "pas inutile" face aux partisans de la "laïcité ouverte".
Interpellant les politiques concernant cinq méprises courantes faites autour de la question de la laïcité, il en a profité pour écorcher le rapport Machelon qui fait bien plus que
"toiletter" la loi de 1905. Je vous invite à suivre cette vidéo :
H. Pena-Ruiz s'est également un peu pris le bec avec un autre confrère, Paul Thibaud, qui semblait ne pas partager avec lui la
valeur universelle de la laïcité (un discours c'est vrai assez inattendu parmi ces intervenants). L'échange a été d'autant plus difficile que le philosophe, tout brillant qu'il soit sur le sujet,
déteste être interrompu. Henri Pena-Ruiz par quelques exemples a montré que la laïcité était demandée d'un bout à l'autre de la planète et qu'il était absurde de parler de la laïcité comme d'une
spécialité française, "comme si on disait que la pénicilline ne pouvait guérir que les Ecossais parce qu'inventée par Flemming !"
C'est justement Paul Thibaud qui enchaîne sur "la concurrence des victimes et les lois
mémorielles". Ancien directeur de la revue "Esprit" et initiateur de la pétition "La liberté de débattre", Paul
Thibaud décrit une vision mémorielle qui ne connait pas le temps : "La mémoire victimaire se veut anhistorique". Il dénonce cette position de "créancier" de ceux qui se détournent d'une histoire
propre comme cette "cinquantaire de livres qui déblatèrent sur la colonisation". La seule réponse à celà : faire de l'histoire car c'est bien le déficit historiographique (en l'occurence ici sur
la colonisation) qui est en question.
Françoise Morvan, auteur du "Monde comme si -Nationalisme
et dérive identitaire en Bretagne" (Babel/actes Sud, 2005) a choisi de villipender les ethno-régionalismes et la Charte des langues régionales et minoritaires. Une charte qui pour la
chercheuse "ne défend pas des langues, mais des ethnies à territoires". Françoise Morvan cite entre autre Robert Badinter qui signait dans le Nouvel Obs un réquisitoire contre la dite Charte dénonçant son absurdité : "Déjà, le « Coutumier de
Bretagne » daté de 1341, sous le règne de Jean III de Bretagne, était entièrement rédigé en français. Pour quelle mystérieuse raison faudrait-il traduire, à l’heure de la mondialisation, nos
codes modernes en un breton juridique disparu depuis six siècles ? ".Une charte, "acte supplémentaire d’abandon de la langue française
prise entre l’enclume de l’empire anglophone et le marteau du communautarisme" selon Thierry Priestley, administrateur d’Avenir de la Langue française (voir article de Françoise Morvan)
François Devoucoux du Buysson, co-fondateur de l'Observatoire du communautarisme et
auteur des "Khmers roses" (Editions Blanche, 2004) terminait le colloque sur le communautarisme homosexuel, une intervention assez peu convaincante qui présentait comme une surenchère
de revendications gratuites une exigence souvent légitime d'égalité de droits. C'est d'autant plus dommage qu'il existe certainement des formes réelles de communautarismes
homosexuels à combattre. Elles n'étaient assurément pas citées dans l'exposé caricatural et pamphlétaire de F. Devoucoux du Buysson. La loi anti-homophobie, qu'il remettait en cause, pose en
effet un certain nombre d'interrogations auxquelles il n'a malheureusement pas répondu (quelle est par exemple la spécificité de l'insulte homophobe ?).Cette loi pose question, mais sans doute au même titre que la loi Gayssot, un parallèle que FDB n'a bien sûr pas souhaité faire.
Yann
Etaient présents : Julien Landfried (directeur de l'Observatoire du
communautarisme), Patrick Kessel (président d'honneur du Comité laïcité République), André Bellon, Jean-Yves Camus, Henri Pena-Ruiz, Paul Thibaud, François Devoucoux du Buysson, Françoise
Morvan.
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De l'affaire des
caricatures à l'affaire Redeker, des véllé ...