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Marie-George Buffet accordait une interview au quotidien La Croix le 15/02/07. La candidate communiste exprimait son attachement à la laïcité en même temps que son hostilité à la loi sur les signes religieux à l'école. Le  Cplaid faisait une lecture critique de l'interview et rappelait les contradictions entre les déclarations de la candidate et les positions de son propre parti.
Ajoutons que la candidate a choisi le plus bruyant partisan du retour au délit de blasphème, le plus anti laïque des militants associatifs comme coprésident du comité de soutien à sa candidature : Mouloud Aounit, le président indéboulonnable du Mrap. Le message est donc clair, quoiqu'elle dise : la laïcité elle s'en fout !
Ou pire, elle partage la même conception de la laïcité que Aounit.

Entretien avec Marie-George Buffet, candidate du Parti communiste français

Pour Marie-George Buffet, le repli communautaire naît moins du refus de la laïcité que de la violence sociale

La Croix : Quelle est votre vision de la laïcité, quel rôle attribuez-vous aux religions dans le débat public ?

Marie-George Buffet : Je suis pour que toutes les pensées philosophiques, toutes les religions puissent exister et s’épanouir sans que la République soit sous la tutelle d’aucune. Les religions peuvent évidemment jouer un rôle dans le débat, notamment en insistant sur leurs valeurs. Mais il y a aussi des droits qui s’appliquent pour tous. Par exemple, le droit pour la femme à la maîtrise de son corps est un droit reconnu dans notre pays et j’espère qu’il le sera un jour dans tous les pays européens. Les religions n’ont pas à remettre en cause ce droit.

Quelle portée accordez-vous à un texte comme «Qu’as-tu fait de ton frère», publié par l’Église catholique à l’occasion des élections ?

Lorsque l’Église catholique s’élève contre la chasse aux enfants, cela compte dans l’opinion. Cela témoigne que la résistance à cette chasse aux familles et aux enfants traverse de larges pans de notre société. Cela donne évidemment beaucoup de force à ceux qui se mobilisent, car cette voix représente quelque chose dans la conscience politique des Français. La religion catholique fait partie, qu’on le veuille ou non, de la tradition de notre pays. Sa parole, même si elle n’influence plus de la même façon la société, reste écoutée et entendue.

Sentez-vous une montée du communautarisme en France ?

La société est violente et cette violence sociale est souvent niée. Par exemple, ceux qui se plaignent de l’usure du travail à la chaîne ont le sentiment que la plupart des gens font mine de croire que ce travail à la chaîne n’existe plus ! C’est cette souffrance sociale qui peut conduire à l’intégrisme, à la recherche d’un groupe qui permette d’exister.

Ce besoin d’appartenance existait aussi hier, qu’il passe par une paroisse ou une cellule du Parti communiste…

Certes, mais la situation est bien différente aujourd’hui. Ceux qui hier s’engageaient dans leur paroisse ou au PCF – et parfois les deux à la fois – étaient tournés vers les autres. Maintenant beaucoup s’enferment dans le communautarisme comme dans un refuge. Ils ne cherchent nullement à changer la société. Ils sont un peu comme les Témoins de Jéhovah qui disaient aux gens des cités : ne votez pas, il n’y a rien à changer dans le monde réel. Cela revient à vouloir se construire un petit paradis avec son petit groupe sans essayer de faire bouger l’ensemble du monde. C’est un renoncement. Voilà bien l’enjeu de la période qui vient : si la politique donne le sentiment qu’elle ne peut plus rien, alors le risque est grand que ceux qui souffrent se replient vers la recherche de refuges artificiels.

Comment l’islam peut-il trouver sa place en France ?

La création du Conseil français du culte musulman (CFCM) est un dérapage, à l’exact opposé de ce qu’il faudrait faire. Que les musulmans s’organisent, c’est bien ; mais c’est leur affaire. Cela ne peut pas être la représentation officielle, organisée par l’État, d’une partie de la population. Pour faire avancer les choses, je propose d’abord d’arrêter de stigmatiser l’islam. On ne parle de cette religion que pour la montrer du doigt, à travers l’islamisme, mais ce n’est tout de même pas la seule religion à avoir ses intégristes.

Pensez-vous qu’il faille modifier la loi de 1905 pour accompagner l’installation de l’islam ?

Il est vrai que l’islam n’a pas encore trouvé sa place sur notre territoire. Cela dit, je ne pense pas que toucher à la loi sur la laïcité soit la solution. D’ailleurs, je remarque que ce n’est pas une revendication majoritaire chez les musulmans. Il y a d’autres façons pour les collectivités d’aider l’islam sans toucher à la laïcité. L’argent public n’a pas à soutenir telle ou telle religion. Je pense qu’il ne faut pas traiter l’islam différemment des autres religions, au risque d’ajouter une discrimination à d’autres. Le nom, le lieu ou vous habitez, la ligne RER que vous utilisez… tout cela constitue déjà la triple ou la quadruple peine, comme me le disait récemment une femme. Arrêtons donc avec ces stigmatisations car c’est cela qui conduit un individu à s’enfermer dans un groupe en considérant le reste de la société comme un ennemi.

Faut-il des règles pour imposer la laïcité dans les lieux publics ?

Il faut une pratique de la laïcité dans tout ce qui relève de l’espace public : l’école, l’hôpital, les services publics, mais aussi partout dans les entreprises où il y a contact avec le public. Cela ne concerne pas que le voile, mais tous les signes religieux. Mais la laïcité doit s’imposer par le dialogue plutôt que par le rejet et c’est pour cela que je n’ai pas voté la loi sur les signes religieux à l’école. Qu’on le veuille ou non, cela a été ressenti comme une loi contre le voile, contre les femmes voilées. Bien sûr, en tant que femme, avec mon itinéraire, je vis le voile comme une blessure. Je me demande toujours si la femme qui le porte est contrainte. Cela, il faut évidemment l’empêcher, mais il y a aussi des femmes qui font le choix du voile. Les femmes ne sont pas des individus inaptes à choisir, à se défendre. Si c’est leur choix, je le respecte.

Comment peut-on combattre les tentations communautaristes ?

Si nous vivons ces problèmes de communautarisme et d’intégrisme, ce n’est pas parce que des gens ont pensé qu’il fallait attaquer la laïcité. C’est la société telle qu’elle est qui produit ce repli. Pour défendre la laïcité, il faut donc s’attaquer aux causes et faire en sorte que des hommes et des femmes ne soient plus amenés à chercher dans l’intégrisme la place qu’on leur refuse ailleurs. Reparlons des droits, de l’égalité pour chaque homme et chaque femme quelles que soient sa religion ou sa philosophie. Alors, là, la laïcité s’épanouira.

Recueilli par Mathieu CASTAGNET, Jean-Marie GUÉNOIS et Céline ROUDEN

 

 

 

Tag(s) : #Marie-George Buffet

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