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Ne soyons pas dupes, l'extrême droite, adepte de la thèse du choc des civilisations, ne brandit la laïcité que pour contrer l'islam et défendre les valeurs chrétiennes.
Mais elle nous prouve une chose : la laïcité est désormais un thème politique porteur. 

Les laïques authentiques, les féministes doivent aussi s'emparer de ce débat qui touche desormais toute l'Europe et même le monde arabe. Article de Pierre Caspi  (Respublica).


L'extrême droite s'est emparée du débat, comme on pouvait le prévoir. Le candidat Villiers demande l'interdiction du voile islamiste sur le territoire français, et le maire d'Orange, Bompard, qui le soutient, demande au Préfet la même chose dans sa commune.

Bien évidemment, les laïques et les républicains n'ont rien de commun avec ces nouveaux croisés, qui ne réclament des mesures contre la religion musulmane que pour mieux défendre une France aux valeurs chrétiennes.

Ils ont toujours été de farouches adversaires de la séparation des Eglises et de l'Etat, de l'Ecole publique, à qui ils préfèrent une école confessionnelle financée par l'impôt de tous les citoyens.

L'extrême droite a combattu de toutes ses forces la loi contre les signes religieux à l'école, n'oublions pas que la première manifestation contre cette loi a été appelée, en décembre 2003, non par les islamistes, mais par Romain Marie, chef des intégristes catholiques, et membre du comité central du Front national.

Mais les laïques doivent-ils, sous prétexte que la proposition vient de personnages aussi peu recommandables que Villiers-Bompard, adeptes par ailleurs de la théorie du choc des civilisations, se contenter de contester cette demande, et de plaider pour le statu quo?

Ainsi, Azar Majedi, militante féministe d'origine iranienne, présidente de l'Organisation pour la Libération des Femmes en Iran, dans un texte publié par Respublica 485, pose elle aussi la question : " Faut-il interdire le voile en Grande-Bretagne ". Cette femme, dont les militants parisiens ont pu entendre à plusieurs reprises le discours hostile aux fascistes islamistes, mais aussi à Bush, a des valeurs progressistes qui la situent aux antipodes de l'extrême droite chrétienne, incarnée par Bompard-Villiers.

D'où la nécessité, pour les laïques, plus de deux ans après la loi de 2004, d'examiner sans tabou la situation.

Les insuffisances de la loi du 15 mars 2004

Vaincus par l'opinion publique, les fondamentalistes religieux n'ont pas désarmé, et entendent, selon la formule de Tariq Ramadan, utiliser tous les interstices de la République pour faire reculer la laïcité.
La loi a été obtenue après un débat d'une rare violence, où les travaux de la commission Stasi ont permis de briser la loi du silence. Les travaux ont permi de constater, à l'école, dans les hôpitaux, dans certains quartiers, l'ampleur de l'offensive intégriste, principalement contre les jeunes filles. La loi pêche, malgré tout, par nombre d'insuffisances, qui font le jeu de tous les cléricaux.

Ainsi, l'école privée n'est pas touchée par ces dispositions. La République ne peut s'opposer à l'ouverture d'écoles privées musulmanes, quand elle finance des écoles privées confessionnelles catholiques. Mais elle ne peut avoir protégé les jeunes filles de l'offensive du voile dans l'école publique, et les abandonner à d'autres règles dans les écoles privées.

Le code de l'Education concerne tous les établissements scolaires. Le port de signes discriminants par les filles uniquement ou de tenues qui empêchent d'identifier les élèves est contraire au principe d'égalité.

Les signes religieux à l'université, c'est non !

Les universités continuent d'accepter tous les signes religieux, dont le plus visible est, là encore, le voile. Des candidates peuvent passer des examens avec cette tenue.

Comment peut-on accepter ce symbole de soumission de la femme dans un lieu où se délivrent des diplômes publics ? Comment peut-on justifier qu'on ne puisse pas porter de signes religieux dans les lycées, ni dans la fonction publique, et qu'il puisse y avoir une exception dans l'université ?

Rappelons que la Turquie y interdit cette tenue, et que la Cour Européenne de Justice a désavoué une militante islamiste qui poursuivait ce pays pour cela. Des enseignants, dans les universités, font part de leur malaise devant la tenue de certaines élèves.

Il est donc légitime de demander à ces étudiantes de respecter la neutralité d'un lieu où se transmettent des savoirs et des diplômes, et donc de retirer leur voile, ou tout autre signe prosélyte, et seule une loi pourra les y contraindre.

Les Belphégor dans la rue, c'est non !

Tout citoyen vivant dans des quartiers populaires exprime de plus en plus souvent son exaspération devant la multiplication, ces deux dernières années, de tenues recouvrant totalement les femmes, et empêchant leur identification.

Comment un enseignant doit-il se comporter quand une mère ainsi affublée vient récupérer son enfant ? Comment un postier doit-il faire face à cette présence devant un guichet ? Il est indispensable de rappeler qu'on ne peut circuler dans la rue en abordant des tenues qui empêchent l'identification du citoyen, pour une simple raison d'ordre public, et donc d'interdire ces accoutrements qui n'ont pas leur place dans le pays des Lumières.

Ne pas subir dans des lieux publics des tenues incompatibles avec la dignité des femmes

Il convient d'avoir une réflexion, et surtout des réponses législatives, devant plusieurs incidents récents, dont celui qu'on appelle " l'affaire du gite des Vosges ".

Rappelons les faits. Un groupe de cinq personnes réserve, dans un gîte de montagne, une chambre. A leur arrivée, le couple Truchelut, propriétaires du gîte, constate que deux des cinq personnes sont voilées. Fanny, la patronne, demande à ces deux personnes, par respect des autres occupants, de retirer ce voile quand ils seront dans des lieux communs, et de le garder si elles le veulent quand elles seront dans leur chambre. La plus virulente crie au racisme, avec l'appui du Mrap local, et poursuit le couple devant les tribunaux. Ce qui arrive à ce couple peut arriver, demain, à des restaurateurs, qui peuvent également, légitimement, ne pas vouloir accepter de telles tenues dans leur établissement. Quelle réponse législative face à de telles situations ?

La complexité de la question du voile dans la rue

Certaines amies féministes réclament, en France, elles aussi, l'interdiction du voile dans la rue. J'avoue, bien que je me sente agressé par cette tenue, faire partie de ceux qui ne tranchent pas sur cette question, considérant les différences qui existent entre le voile intégrale, certains voiles à l'iranienne dont la vue est insupportable, et d'autres foulards. Cependant, on ne peut poser ce débat, en dehors du contexte national et international, et raisonner comme si nous étions encore dans les années 1980.

Il nous faut prendre la mesure de l'offensive que subit la République depuis les années 1990. La société civile avait vaincu le cléricalisme par le combat acharné des laïques et des féministes. Depuis les années 1990, le voile est le signe le plus visible d'un harcèlement permanent. Les organisations religieuses musulmanes, soutenues par des forces de gauche communautaristes, veulent nous amener à abandonner les principes laïques.

Ils estiment que la République doit s'adapter à la spécificité supposée de " la deuxième religion de France ".

Nous avons vu lors de l'affaire des caricatures, la lâcheté du pouvoir politique sur la liberté d'expression. Nous avons constaté que certains députés UMP réclamaient une loi contre le blasphème. Aujourd'hui, Robert Redeker vit cloîtré depuis plusieurs semaines, menacé de mort, comme l'avait été Theo Van Gogh avant son meurtre.

Laïques et féministes du monde entier regardent la France

Les principales victimes de ce retour à l'ordre moral, de ce marquage des femmes, de leur cloisonnement, et du contrôle social exercé par les religieux, sont les jeunes hommes et femmes de culture arabo-musulmane, à qui on veut empêcher toute possibilité d'intégration. Les religieux veulent les enfermer dans un ghetto communautariste, sous leur coupe. Nicolas Sarkozy est leur relais politique. Il ne cache pas, en effet, sa volonté de remplacer le modèle social issu de la Résistance par un Etat communautariste, où la charité des religions remplacera la solidarité républicaine. C'est ainsi qu'on doit comprendre les résultats des travaux de la commission Machelon, qu'il entend appliquer s'il était élu en 2007.

La loi du 15 mars a été vécue dans nombre de pays rongés par l'islamisme, comme un appui pour les femmes qui, souvent au risque de leur vie, se battent pour ne pas porter cette tenue humiliante. La France, qui a donné l'exemple en 2004, ne peut échapper à la réflexion engagée en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Tunisie.

Les laïques et les féministes doivent donc s'emparer de ce débat, qui est au coeur de beaucoup de conversations animées, et ne pas l'abandonner à l'extrême droite.

Pierre Caspi

Tag(s) : #Laïcité dans la presse

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