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Le Front national sait-il ce qu'est la laïcité ? Convié devant la commission Stasi, le FN, par la voix de son numéro 2, semble se perdre dans un discours hos sujet sur l'immigration et l'identité nationale. Il prône aussi un ethnocentrisme à l'opposé même des valeurs de la laïcité.
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Auditionné par la commission Stasi, le numéro deux du Front national s’est fait étriller en discourant sur l’immigration et la nationalité.

Trop heureux d’être convié devant la commission Stasi sur la laïcité, alors qu’un peu plus tôt Jacques Chirac avait évité de recevoir le FN dans le cadre de ses consultations sur la future constitution européenne, Bruno Gollnisch s’est fait quelque peu étriller par les membres de la commission.

Se targuant d’être le délégué d’un " parti qui représente les souffrances et les aspirations de dix millions de Français " (en réalité cinq millions et demi au second tour de la présidentielle de 2002), Bruno Gollnisch s’écarta très vite du sujet pour déborder sur celui de l’identité nationale, et bien sûr de l’immigration.

Auditionné à la demande de Bernard Stasi, bête noire du FN dans les années quatre-vingt, pour l’empêcher de s’ériger en martyr, le Front national ne dépêcha étrangement pas Jean-Marie Le Pen - le président du Front national goûte peu les questions abstraites - mais son numéro deux. Bruno Gollnisch, pour la circonstance, était flanqué du conseiller régional Farid Smahi et d’un " instituteur " en la personne d’Eric Pinel, en fait son propre directeur de cabinet. Alain Juppé, auditionné juste avant, essaya bien d’esquiver le délégué général du FN, mais il dut, afin de prendre congé de Bernard Stasi, serrer brièvement la main du responsable frontiste.

Bruno Gollnisch plaida ainsi aussi bien contre l’accès des associations antiracistes aux établissements scolaires, qui selon lui " cachent souvent l’apologie d’une politique immigrationniste ", que contre une place accrue dans les manuels d’histoire aux apports de l’immigration, sauf " à en faire un bilan complet, avec les coûts et les difficultés pour les Français ". Et proféra des contrevérités comme : " Personne n’a été forcé à émigrer en France, c’est un choix de vie. "

Quand il suggéra, à l’instar d’une requête de Tony Blair, que ministres et fonctionnaires déclarent publiquement leur appartenance aux " associations auxquelles ils appartiennent " - comprendre franc-maçonnerie ou syndicat -, " je suis inquiet de votre conception de la sphère privée ", répliqua le philosophe Henri Pena-Ruiz.

Loin des formules employées sur les estrades politiques, il s’en est pris en termes choisis, en évitant de les nommer, au Syndicat de la magistrature, à SOS-Racisme ou à la franc-maçonnerie. Bruno Gollnisch s’enferra en réclamant le principe de " réciprocité " quand des fonds étrangers financent des mosquées, pour que des pays tels l’Arabie saoudite acceptent sur leur sol des églises. " De quel principe parlez-vous, s’agissant je vous le rappelle de Français musulmans, combien de générations faudra-t-il pour les considérer comme des Français à part entière ? " s’étouffa Hanifa Cherifi, médiatrice à l’Éducation nationale pour les affaires de foulard.

Le délégué général du Front national a tenté surtout d’emmener la commission sur un terrain mouvant, en proposant que le ministre de l’Éducation prenne un simple arrêté ministériel stipulant, " d’abord par mesure d’hygiène, puis par respect pour la profession enseignante, que l’on doit être tête nue à l’intérieur de l’établissement ". Maurice Quénet, recteur de l’Académie de Paris, demanda, faussement ingénu, si un simple arrêté ministériel suffira à restaurer l’autorité de l’État.

Le Front national sait tout le parti qu’il peut tirer des affaires de voile, qui, médiatisées de manière simpliste, accréditent l’idée d’une " invasion " musulmane. La commission Stasi, au contraire, se garde bien de stigmatiser une religion plutôt qu’une autre. Ce qui fit dire à Patrick Weill, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des questions de nationalité, que le Front national " n’a pas très envie, au fond, que la laïcité soit revivifiée ". Henri Pena-Ruiz rappela que " la laïcité en France s’est construite par la mise à distance des coutumes ", comme en témoigne la loi de 1905 ; " ce que vous souhaitez, c’est un ethnocentrisme, donc la négation de la laïcité ". Malicieux, Bernard Stasi demanda à Bruno Gollnisch si " le culte ostentatoire à l’égard de Jeanne d’Arc " était conforme à la laïcité. " On n’honore pas la sainte mais l’héroïne nationale ", bredouilla le délégué général du Front national, pris en flagrant délit de contradiction.

Lionel Venturini
(L'Humanité, 30 octobre 2003)

Tag(s) : #Jean Marie Le Pen

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