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Six mois avant le vote de la loi sur le port des signes religieux à l'école (17 mars 2004), Lutte ouvrière affichait sa détermination face au voile. Ostentatoire ou discret, le voile  pour L.O. demeure une "marque d'infériorité des femmes". L.O. demandait son interdiction.

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Mardi 21 octobre, en visite dans les quartiers pauvres de Valenciennes, Chirac annonçait: "La laïcité n'est pas négociable" et se disait prêt "s'il le faut à la loi". Le week-end précédent, en visite à la mosquée de Paris, Raffarin se disait lui-aussi prêt à recourir "en dernier recours" à la loi.

Les seuls textes sur lesquels les enseignants peuvent aujourd'hui s'appuyer pour tolérer ou refuser les jeunes filles voilées dans leur classe et dans l'enceinte des établissements sont tout ce qu'il y a de plus flous. L'avis rendu par le Conseil d'État, en 1989, à la suite du renvoi de trois jeunes filles voilées d'un collège de Creil dans l'Oise, stipule: "Le port du voile n'est pas contradictoire avec les valeurs de l'école laïque et républicaine" et laisse aux chefs d'établissement la "lattitude d'agir au cas par cas".

Quant à la circulaire Bayrou de 1994 elle demande aux chefs d'établissement d'inclure dans leurs règlements intérieurs une disposition interdisant "les signes religieux ostentatoires". Il incombe donc aux enseignants d'estimer si tel voile est "discret" ou "ostentatoire" et s'il s'agit de la part de celle qui le porte d'un acte de "prosélytisme".

Mais qu'est-ce qu'un voile "discret"? Même un "petit voile" dégageant la chevelure et les oreilles est une étiquette, une marque d'infériorité des femmes. Et qu'est-ce qu'un signe "ostentatoire"? S'il s'agit de laisser pendre une croix, une étoile de David ou une main de Fatma à une chaîne autour du cou, pourquoi pas? Les hommes aussi peuvent porter de telles amulettes, signes d'appartenance à une religion mais elles ne les infériorisent pas.

Si nous sommes matérialistes et athées et contre toutes les superstitions religieuses, nous ne sommes pas contre la liberté religieuse. Dans le cas présent, nous sommes contre toutes les atteintes à la liberté des femmes imposées par les dogmes religieux.

En fait, toutes les religions sont empreintes de cette discrimination sexiste. Une prière juive, issue de l'histoire ancienne, ne fait-elle pas dire aux hommes chaque matin "Merci mon Dieu de ne pas m'avoir fait femme". Quant au pape, aujourd'hui encore il s'affirme contre la contraception, l'interruption volontaire de grossesse et le divorce.

Le pseudo-compromis de la circulaire Bayrou fait du voile un simple symbole de "prosélytisme", c'est-à-dire de zèle pour recruter des adeptes. C'est utiliser un euphémisme, un terme bien prudent revenant à ignorer les pressions faites d'insultes, de violences et parfois, pire, de viol et même de meurtre que subissent les jeunes filles contraintes de le porter.

Alors oui, il faut interdire le port du voile à l'école. Faut-il pour autant une loi pour imposer cette interdiction? Nous ne sommes pas des juristes. De plus, nous n'aimons pas les interdictions qui renvoient vers les tribunaux. Mais la simple circulaire interdisant les "signes religieux ostentatoires" peut être en permanence contournée. Ainsi, un médecin alsacien, le Dr Milcent, récemment converti à l'islam et se faisant appeler depuis Dr Abdallah, se fait fort, et y parvient, de faire réintégrer dans leur établissement les jeunes filles exclues pour port du voile sur la base du règlement intérieur de leur lycée.

Alors, reste la possibilité d'un règlement du ministère de l'Éducation nationale qui interdirait le port du voile, même "petit", même "discret", dans l'enceinte de tous les établissements scolaires. Tous les enseignants devraient alors le faire respecter et ce règlement devrait d'ailleurs alors prévoir cette obligation d'application. Il serait normal aussi que ce règlement s'applique aux écoles privées, y compris confessionnelles, qui touchent des subventions de l'État. Ce que la loi Barangé a fait en 1951, en leur attribuant ce financement, une autre loi pourrait le défaire. Soit l'école est laïque, soit elle ne l'est pas.

En tout cas, il est probable que les autorités continuent encore à tergiverser. Alors, loi ou pas, règlement ou non, le combat contre ce signe d'oppression des femmes qu'est le voile se déroule d'abord sur le terrain, dans les écoles. Il repose en premier lieu sur les professeurs, même s'ils doivent avoir pour cela le soutien du reste de la société. Salariés de l'Éducation nationale, de l'enseignement public, à ce titre, il leur appartient de militer et d'agir contre le voile, de former leurs élèves en leur montrant ce qu'il représente. L'école doit rester un lieu où on combat l'obscurantisme et où on enseigne la liberté, celle de tous et, en l'occurrence, celle des femmes.

(Lutte Ouvrière n°1838 du 24 octobre 2003)

Tag(s) : #Arlette Laguiller

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