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Le site de la LCR reprend un point de vue publié dans "Rouge" suite à la victoire du Hamas en Palestine.

Une fois de plus la LCR tient un discours quasi schyzophrène de soutien "sans condition" et de dénonciation d'un mouvement qui ne correspond pas tout à fait à l'idée qu'elle se fait de l'émancipation des peuples. Dans un même paragraphe, ce militant de la LCR peut rappeler l'événement récent d'une jeune fille abattue dans la bande de Gaza par des milices du Hamas faisant la chasse aux couples « irréguliers » et réaffirmer la " solidarité sans partage au peuple palestinien, quels que soient ses dirigeants, ceux de l’OLP, hier, comme ceux du Hamas, aujourd’hui". Etonnant, non ?

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Après la victoire du Hamas aux législatives palestiniennes, le 25 janvier, le débat est vif au sein du mouvement international de solidarité. Dans « Rouge » du 23 février et dans celui du 9 mars, deux points de vue étaient donnés. Voici celui de Galia Trépère.

Notre solidarité sans condition avec le peuple palestinien ne doit pas nous empêcher de voir que la victoire du Hamas aux élections marque un nouveau recul dans le combat pour l’émancipation des peuples. Non que cette victoire enterre un quelconque espoir de paix. C’est la politique d’agression permanente que mène l’État israélien, avec la complicité des puissances impérialistes, qui interdit toute paix pour le peuple palestinien.
L’assaut donné par l’armée israélienne, le 14 mars dernier, contre la prison de Jéricho en a apporté une nouvelle démonstration : avec blindés et hélicoptères, l’armée israélienne est intervenue contre cette prison de l’Autorité palestinienne pour y capturer l’un des dirigeants de la résistance palestinienne. Les gardes américains et britanniques, placés là selon des accords internationaux, s’en étaient retirés quelques minutes auparavant.
Ce raid offre, en même temps, un raccourci saisissant de la faillite de la politique du Fatah, faillite dont s’est renforcé le Hamas. C’est par un tribunal militaire palestinien que le dirigeant du FPLP capturé, Ahmed Saadat, avait été condamné en 2001, pour un attentat dirigé contre le ministre du Tourisme israélien. L’Autorité palestinienne a eu beau assurer la répression pour le compte de l’occupant, elle a eu beau satisfaire la plupart des exigences, appuyées par la « communauté internationale », de l’État d’Israël, rien n’y a fait. Chacune de ses concessions a été suivie par une accentuation de la terreur exercée par l’État israélien pour dénier au peuple palestinien tout droit à l’existence.
Solidarité
C’est pourquoi, face à l’État d’Israël et, plus généralement, face aux puissances impérialistes dont il est l’avant-poste au Moyen-Orient, nous apportons une solidarité sans partage au peuple palestinien, quels que soient ses dirigeants, ceux de l’OLP, hier, comme ceux du Hamas, aujourd’hui.
Cette solidarité exige, en même temps, que nous ne travestissions pas la réalité, en prêtant au Hamas des vertus progressistes comme le fait Nicolas Qualander dans son article (Rouge n°2147). Si une majorité de la population palestinienne se reconnaît aujourd’hui dans le Hamas, cela ne change pas pour autant la nature profondément réactionnaire de celui-ci.
Son émergence, dans les années 1970 et 1980, a été encouragée par les autorités d’occupation pour combattre l’influence du mouvement nationaliste. Ce n’est qu’au moment de la première Intifada, à partir de 1987, qu’il entra dans la lutte contre l’occupation israélienne. La campagne qu’il mena alors pour obliger les femmes de la bande de Gaza à porter le foulard islamique, faisant de celui-ci un brevet de résistance, s’accordait parfaitement à son idéologie et à ses objectifs : imposer comme seules loi et manières de vivre celles dictées par la religion qui, quelle qu’elle soit, combat la liberté des femmes.
Le 8 avril 2005, comme l’a rapporté Libération, une jeune fille est abattue dans la bande de Gaza par des milices du Hamas qui font la chasse aux couples « irréguliers ». Les meurtriers arrêtés, un porte-parole de l’organisation se défend ainsi : « Il y avait un soupçon de comportement immoral. »
Que ces méthodes, dignes des religieux intégristes qui partagent le pouvoir en Israël ou l’assurent en totalité dans l’Arabie saoudite alliée des États-Unis, soient le fait d’une organisation dont nombre de militants se sont sacrifiés dans la lutte contre l’occupation sioniste, ne font pas pour autant du Hamas une organisation progressiste. Elles sont en contradiction fondamentale avec la lutte pour l’émancipation des opprimés, de même que le terrorisme aveugle contre les populations de l’autre camp - même s’il ne s’agit en aucun cas de renvoyer dos à dos -, le terrorisme d’État pratiqué par les dirigeants d’Israël et les attentats suicides du Hamas.
L’arrivée au pouvoir du Hamas s’inscrit dans une montée en puissance de l’influence des mouvements islamistes à l’échelle mondiale. Celle-ci résulte avant tout de l’usure au pouvoir des mouvements nationalistes que la vague révolutionnaire anticoloniale de l’après-Deuxième Guerre mondiale porta à la tête des États nouvellement constitués. À ces derniers, l’impérialisme n’a laissé aucune possibilité d’un développement économique indépendant, n’ayant de cesse de reprendre les concessions qu’il avait faites. La misère qui en résulte, la dictature indispensable pour imposer les privilèges d’une classe dirigeante, la corruption, ont nourri les désillusions qui, en l’absence d’autres perspectives, ont fait le lit des forces réactionnaires, encouragées, dans un premier temps, par l’impérialisme lui-même.
Internationalisme
Il en a été de même en Palestine à partir des accords d’Oslo, en 1993, sans qu’il soit même question de parler d’un État, d’autant, au contraire, qu’il ne s’agissait que d’une indépendance factice, à l’image de celle des bantoustans en Afrique du Sud. Cette évolution est l’expression de la faillite du nationalisme, autrement dit de toute solution bourgeoise, face à l’impérialisme.
En ce sens, l’arrivée au pouvoir du Hamas en Palestine constitue bien un tournant qui suscite une nouvelle réflexion au sein du mouvement de solidarité à la Palestine. Mais la « feuille de route » que fixe Christian Picquet à celui-ci dans la conclusion de son article (Rouge n°2140) ne tire aucun bilan d’une faillite du Fatah qu’il évoque par ailleurs. Vouloir « poursuivre le combat pour la souveraineté palestinienne - ce qui passe immédiatement par le refus de toute logique de punition de la population des territoires en raison de son vote -, et faire preuve de la plus extrême vigilance quant au respect de ses droits civils et démocratiques » signifie œuvrer pour que le mouvement d’émancipation nationale s’inscrive dans la lutte contre l’impérialisme du point de vue des opprimés et pour le rapprochement entre les exploités des deux nations vivant en Palestine.
La bourgeoisie israélienne est, avec les bourgeoisies des puissances impérialistes, la principale responsable du fossé qui sépare, sans qu’il semble possible aujourd’hui encore de le combler, les peuples juif et arabe de Palestine. Elle utilise la violence que suscite en retour la guerre meurtrière qu’elle mène contre le peuple palestinien pour justifier le maintien d’un État religieux réactionnaire et sauvegarder sa domination sur les travailleurs qu’elle exploite. Il n’est pas dit qu’elle puisse continuer à le faire tout en menant l’offensive contre les droits des travailleurs, alors qu’un cinquième de sa population, déjà, vit sous le seuil de pauvreté.
Le renversement de cette bourgeoisie et de son État par les masses exploitées arabes et juives est la seule voie pour sortir de la situation tragique où se trouve la population palestinienne, ouvrant la possibilité que les deux peuples de Palestine puissent y vivre ensemble, tout en en jouissant de tous leurs droits.
Galia Trépère
1. « Les milices de la vertu sévissent à Gaza-Plage », Libération, 11 mai 2005.


Tag(s) : #Olivier Besancenot

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