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En février 2005, Nicolas Sarkozy répondait à une interview sur le site de l'UMP. Voici un extrait où il est question de son désir de "toiletter" la loi 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat. 
Comme Tariq Ramadan, Sarkozy défend une laïcité "moderne" face à une laïcité qu'il juge aujourd'hui "intransigeante". Et bien qu'il démente vouloir remettre en cause la laïcité actuelle, en s'attaquant au financement des lieux de culte, c'est bien à l'esprit même de la loi qu'il s'en prend.

Devant l'association "Bible" à Neuilly (juin 2005), Sarkozy ne disait pas autrement : « les religions sont un plus pour la République… ce sont les sectaires qui ont fait de la laïcité une laïcité de combat »

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Dans votre livre La République, les Religions, l’Espérance, vous proposez de faire évoluer la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’ État, afin d’aider à la construction d’édifices religieux et à la formation des ministres du culte. N’est-ce pas aller trop loin ?

À mes yeux, il ne doit pas y avoir de sujets tabous. Pourquoi s’interdire par principe de réfléchir sur certains sujets, à plus forte raison lorsqu’ils touchent à des aspects essentiels de notre vie ? Alors non, ce n’est pas aller trop loin que de réfléchir à la modernisation du cadre d’organisation de la laïcité et d’ouvrir un débat sur les rapports entre la sphère publique et les religions. Si vous avez lu mon livre, vous avez noté que je ne propose pas de bouleverser les grands équilibres de la loi de 1905.


Il n’y a dans mon propos aucune velléité de remise en cause du principe de la laïcité, qui est au coeur de notre pacte républicain et auquel je suis très attaché. Je suggère simplement de tenir compte de la réalité de 2005, qui n’est évidemment pas celle de 1905. À l’époque, il s’agissait pour l’État et pour un régime républicain encore fragile de s’affranchir de l’influence tutélaire de l’Église catholique. Par ailleurs, la loi de 1905 édicte, pour les religions qui étaient présentes à l’époque, des règles organisant l’intervention des collectivités publiques au profit du patrimoine voué au culte et à son entretien. Vous voyez bien là une source d’inégalité, car des religions aujourd’hui importantes en France étaient quasi inexistantes en 1905.



Aujourd’hui, il ne s’agit plus de promouvoir une laïcité de combat contre une religion dominante qui contesterait la légitimité de nos institutions. La loi de 1905 n’est pas une loi d’éradication des religions. Elle dit simplement que l’État n’en privilégie aucune. La question est, en 2005, de savoir si devant la loi les adeptes d’une religion sont égaux et par conséquent libres de la pratiquer. La laïcité moderne, telle que je la conçois, ce n’est pas la laïcité intransigeante ou condescendante.



C’est la laïcité équitable et apaisée, soucieuse de l’égale dignité des religions et respectueuse de leur contribution au lien social et à l’épanouissement des individus. Alors, il y a là un sujet de réflexion. De deux choses, l’une. Ou bien l’écriture actuelle de la loi de 1905 ne s’oppose pas à la traduction dans les faits de cette conception moderne de la laïcité, et il n’est pas nécessaire alors de la modifier. Ou bien elle y fait obstacle, et il n’est ni absurde, ni illégitime, ni sacrilège d’envisager d’apporter à la marge quelques compléments ou modifications. Que je sache, les multiples et fréquentes révisions de notre Constitution actuelle n’ont jamais été interprétées comme des atteintes à notre République.


À chaque fois, il s’est agi d’adapter le texte à la réalité qu’il est censé organiser. Il en est de même pour la loi de 1905. Pour rester vivants, les principes qu’elle édicte ne peuvent faire l’impasse sur la réalité et l’évolution de leur contexte d’application. Sinon, ce sont souvent les principes qu’on croyait défendre qui, au bout du compte, s’en trouvent fragilisés. J’invite ceux qui sont prompts à caricaturer des propositions que je n’ai pas faites, à y réfléchir quelques instants.

Tag(s) : #Nicolas Sarkozy

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