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vigi-laic-carre.jpgJean-Claude Gaudin a finalement réussi à imposer sa mosquée ! Jeudi 22 novembre 2007, le maire de Marseille remettait en effet les clés de la future grande mosquée de la ville à l'association chargée du projet. 
Voici les clés, manque plus que les murs !

En quelques années, la mairie avait réussi l'exploit de se mettre à dos presque toutes les représentations de l'islam marseillais. Mais qu'importe. La mosquée devait voir le jour : les élections approchent.

L'UOIF avait dès le départ toutes les faveurs de la mairie. Mais cette fois, Gaudin ne pouvait remercier aussi osensiblement l'ami de la mairie, Mohcen n'Gazou, délégué régional et membre du C.A. de l'UOIF, tout juste libéré de Tunisie. La mairie souhaite d'ailleurs rester très discrète sur le sujet. La presse locale aussi apparemment... Mais les projet sont toujours là. Un collège à venir.

En août, nous dénoncions déjà l'amateurisme, le manque de vigilance sur le sujet de la mairie et les liens privilégiés qu'elle entretient avec l'UOIF. Voici l'enquête publiée par Le Courrier de l'Atlas (mensuel des Maghrébins de France) et reprise, malheureusement, uniquement par la presse d'extrême droite.


jean-claude-gaudin.jpgUOIF-SUD.gifOn s'arrache les cheveux à la mairie ! Le projet dix fois différé, semble cette fois prêt à aboutir, mais bien mal parti…

Sur un trottoir de la rue d'Amiens, dans le 3ème arrondissement de la cité phocéenne, un groupe d'hommes barbus discute adossés contre des voitures. En face, une porte surélevée d'une enseigne « Conseil des imams de Marseille et ses environs » (CIME). Tous sont imams et aucun ne souhaite s'exprimer sur ce projet de grande mosquée. Après cinq minutes d'un long monologue, je parviens pourtant à faire parler l'un d'entre eux : « Cette mosquée qui va coûter 13 millions d'euros n'a aucun sens, on n'en veut pas ! Mieux vaut réaménager les petites mosquées de proximité. Pour les grands rassemblements comme l'Aïd, le parc Chanot peut déjà accueillir 15.000 personnes ! »

Ces imams dits 'indépendants', souvent proches des Frères musulmans, du FIS algérien ou des salafistes, ont fait la loi durant des années sur Marseille et digèrent mal le fait d'avoir été évincés de la direction du CRCM-PACA, seul CRCM dirigé par la tendance Mosquée de Paris. Cet imam a la dent dure contre les Bencheikh, les Boubakeur… « qui ne sont peut être même pas des musulmans ! ». Il n'est guère plus amène envers la mairie qui a refusé Mohamed Yassine, leur président, à la tête de l'association « Mosquée de Marseille », porteuse du projet. « La mairie assoit des laïcs, des rappeurs à côté d'imams, c'est n'importe quoi ! »

Lors d'un dîner organisé par le Conseil général et relaté par La Provence, Mourad Zerfaoui, l'ex-président du CIME et du CRCM se rebelle contre la mairie. Le clan des imams indépendants tombe alors en disgrâce à la mairie. Pour cette dernière, qui loge le CRCM gratuitement, c'en est trop ! 

l'évolution du maire


C'est au 3ème étage de ce bâtiment offert par la mairie, juste derrière l'Opéra à deux pas de la Canebière, que le nouveau président du CRCM-PACA m'accueille. Abderrahmane Ghul, ne souhaite pas s'étaler sur ces « imams autoproclamés du CIME qui ne représentent rien » et « ont une attitude négative ». Il préfère louer l'évolution miraculeuse de Jean-Claude Gaudin qui disait encore lors de son premier mandat « c'est un très beau projet, mais pour Marrakech ». Le président est sincèrement reconnaissant de l'action de la mairie. Et le financement ? Le volet cultuel reviendrait à 6 ou 8 millions d'euros, tandis que le projet total pourrait approcher les 23 millions ! « Le premier investisseur, rassure le président, est la communauté musulmane marseillaise (à 30%), près de 2 millions d'euros ». Mais il faut aussi compter sur des fonds étrangers. « La loi ne l'interdit pas. Des fonds proviennent d'Algérie, du Maroc, d'Arabie Saoudite… L'argent n'a pas d'odeur comme on dit, même si ça sent l'odeur du pétrole » lance le président avec ironie. Pour plus de transparence, « l'association a ouvert un compte à la Caisse des dépôts et consignation avec un commissaire aux comptes ». On n'en saura pourtant pas plus sur ces montants venus de l'extérieur. A la mairie centrale peut-être…


Un projet qui divise


« Ah bon ? Il vous a parlé de fonds saoudiens ? » Cette proche collaboratrice de Jean-Claude Gaudin souhaite conserver l'anonymat et propose d'être appelée « source proche de la mairie, c'est ainsi que font tous les journalistes » paraît-il. Cette femme qui refuse d'être enregistrée et lance un « c'est off, ça ne l'écrivez pas » chaque fois que je soulève mon stylo, semble avoir quelques difficultés avec ce dossier sensible. Elle compte bien sur moi d'ailleurs pour taire les dissensions, un peu remontée contre toute ces musulmans ingrats qui « crachent sur la mairie » : « c'est un geste de générosité qui s'est retourné contre nous » résume-t-elle.

C'est que la mairie qui avait exigé naïvement il y a quelques années une unanimité de la communauté, semble assez peu au fait des divisions idéologiques des différents courants musulmans de la région. C'était vouloir rassembler des chiens avec des chats et il aurait sans doute fallu attendre encore quelques siècles avant de poser la première pierre !

Pour le dossier, la mairie a fait appel à un spécialiste du droit des religions, ce qui ne l'a pas dispensée de faire des bourdes monumentales. C'est ainsi qu'elle a omis l'évaluation des domaines. Le tribunal administratif de Marseille a ainsi pu annuler le 17 avril la délibération du conseil municipal qui mettait à disposition de l'association « la Mosquée de Marseille » un terrain par un bail emphytéotique de 99 ans pour le projet. Le tribunal avait été saisi par trois requêtes du FN, MNR, MPF, toujours prompts à se découvrir des penchants laïques s'agissant de lieux de culte musulman. Le tribunal tranchait en faveur de ceux qui dénonçaient des « subventions déguisées » derrière un loyer ridicule (300 euros par an pour 8 600m2 et un prix du m2 cinq fois inférieur à l'école chrétienne voisine), en violation de la loi de 1905 (« la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte »).

Après une hausse du loyer, le dossier devrait pourtant repasser en juillet en conseil et les travaux commencer en octobre. « Ce n'était pas une erreur ! » persiste ma « source » qui, plutôt que de m'apporter la preuve contraire, choisit de m'imprimer le discours de la signature du bail dans lequel le maire félicite monsieur N'Gazou, Délégué régional de l'UOIF Sud. Elle me tire même quelques photos de la superbe mosquée Daoua, flambant neuve, livrée en octobre 2005 (2 millions d'euros). « Voyez, on fait même les dossiers de presse des Tabligh ici ! (2) ». La « source » est intarissable d'éloges sur le délégué UOIF : « lui il sait travailler avec l'administration. C'est un homme extrêmement intelligent ». Les frères musulmans en odeur de sainteté à la mairie ? Mieux encore : « Il m'a dit à propos de son projet de collège musulman : 'je vais faire une surprise au maire, ce sera un collège haute qualité environnementale ! » Fondamentaliste ? « c'est possible, en tout cas sa femme est beaucoup moins voilée que la femme de… » Qui a dit que la désignation seule par les pouvoirs publics, plutôt qu'une désignation par le bas, pouvait prévenir les dérapages islamistes ? Avec la marie de Marseille, rien n'est moins sûr.

Yann Barte

(pour le Courrier de l'Atlas)  

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(1) D'après une enquête du quotidien La Croix, nov. 2006.

(2) Jama'a at-tabligh. Ce mouvement rigoriste fondé à la fin des années 1920 en Inde par Muhammad Muhammad Ilyas Kandhalawi est jeune et très bien organisé. Les Tablighis suivent des codes stricts de droit islamique (codes vestimentaires, pratiques religieuses...)   
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- « Je me suis retiré du projet de la mosquée. Trois ans de palabres et toujours les mêmes disputes. C'est avant tout un problème de leadership. Nous, nous ne faisons pas de l'islam un outil poitique ou de pression". 
Moussa Couaté, secrétaire général de la FFAIACA PACA (Fédération française des associations islamiques d'Afrique des Comores et des Antilles).

- « Beaucoup de musulmans ne veulent pas de cette mosquée et préfèrent qu'on traite les questions plus urgentes de ghettoïsation, de discrimination à l'emploi, au logement. La prière, les musulmans peuvent la faire n'importe où ! » 
Abel Djerari, adjoint au maire à la mairie de secteur des 11è et 12ème arrondissements de Marseille (élu indépendant sur liste UMP).

- « A la mosquée Islah, le Conseil des Imams (CIME) organise des quêtes au profit de la Grande mosquée de Marseille et vide ensuite les caisses. Il loue par exemple Chanot 30 000 euros pour 4 heures. Ces imams ne croient pas au projet. Moi, je garde espoir et j'ai confiance en la mairie ». 
Abderrahmane Ghul, Président du CRCM PACA.

- « Il y a quelques mois, on associait encore au centre cultuel, un centre culturel. Aujourd'hui, on ne parle plus que de la Grande mosquée. Désolant ! Les deux projets étaient tellement liés qu'il y avait même eu une polémique autour de l'application de la charia dans le centre (une personne s'était opposée au fait qu'il y ait de la musique)".
Nassera Benmarnia, Directrice de l'Union des Familles Musulmanes des Bouches du Rhône.

Tag(s) : #News Vigilance laïque

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